Les zones autoroutières ont une portée symbolique forte : celle d’être la porte de la ville. Ce symbole est pluridimensionnel :
- La dimension spatiale : le tracé de ces voies est périphérique, la route est une frontière physique et matérielle : une enceinte. On ne la traverse qu’en certains points de passage précis : les portes.
- La dimension toponymique (noms des lieux) : Les échangeurs autoroutiers sont souvent dénommés porte de (...). Massivement utilisé en France (porte des lilas, porte de l’Essonne, porte de Lyon), ce procédé est moins fréquent en Grande-Bretagne, mais on trouve tout de même la Bristol Gate à l’entrée Ouest de la ville. C’est un moyen de définir arbitrairement (et artificiellement) les limites de la ville.
- Enfin, la dimension paysagère, très en vue dans la vidéo. La séquence précédente témoignait de la relative non-urbanisation des zones en bordure d’autoroutes. L’absence de construction libère ainsi le champ de vision et propose des cadrages spectaculaires sur la ville, visibles que l’on soit au volant ou piéton sur la passerelle. L’arrivée à Bristol via la motorway M32 en viaduc offre un panorama sur les terraced house (terme local renvoyant aux traditionnelles maisons en bande)
On aperçoit au début de la séquence les fameuses terraced house. Le pont au-dessus de la voie rapide scénarise alors une porte d’entrée dans la ville : le plan est centré, l’horizon dévoile la ville, on voit un citadin s’engouffrer à pleine vitesse dans celle-ci, doté d’un moyen de transport high-tech, récent de la dernière tendance. L’autoroute apparaît dans le champ visuel seulement lors de la traversée du pont, elle n’était présente que dans l’environnement sonore auparavant. Au-delà, on retourne dans un espace plutôt désert, coincé entre deux voies rapides. Ici, la fonction du Railway Path est principalement d’être une véloroute, aux caractéristiques finalement analogues aux autoroutes environnantes : pas de comportements statiques, et un seul usage dynamique. Certaines traces indiquent néanmoins que des usagers se sont plus attardé et ont déambulé dans le lieu. Les stickers ont été collé par quelqu’un se trouvant dans un esprit d’observation, rentrant en interaction avec le Railway Path en se l’appropriant. Cette action communique un message qui stimulera possiblement le regard de l’usager suivant. À mesure que l’on avance, le chemin livre des points de vue de plus en plus rapprochés sur les zones résidentielles. Mais, même lorsque l’on est collé aux maisons, on reste à distance de la ville car on est situé en dehors du réseau viaire. Les constructions font habituellement face à la rue, ainsi, en se déplaçant sur une ancienne voie ferrée, ce n’est plus la façade que l’on voit. Le Railway Path bénéficie, en ce sens, d’un potentiel paysager hors du commun.